J 21 – Comme sur des rotules

FIN

Voilà, c’est le dernier jour. Je suis exténuée, mon corps n’en peut plus. Je n’ai même plus l’envie de me déplacer rien qu’à l’idée de devoir encore faire des transferts, porter le fauteuil pour le mettre dans la voiture, le sortir, m’asseoir dedans, rouler jusqu’à la porte, passer les ressauts, les devers, etc. Du coup, je suis restée un maximum à l’agence pour éviter tout ça.

J’ai une très grosse pensée en ces heures, pour les personnes en situation de handicap qui n’ont pas le choix d’utiliser le fauteuil tous les jours, alors que moi, ce soir, j’ai la chance de pouvoir me lever, d’accéder, de retrouver mes habitudes, mais surtout mon autonomie.

Cette expérience m’aura appris beaucoup de choses malgré mon investissement depuis 2013 auprès de l’association des paralysés de France.

  • Je comprends mieux, maintenant, la colère, la frustration devant un environnement si peu adapté. Nous sommes dans une société d’inclusion. Mais l’inclusion d’une personne, c’est permettre à celle-ci d’utiliser les services et les activités de la ville, du pays. L’immobilisme de certains pouvoirs publics, fait de notre pays, de nos villes, encore des territoires d’exclusion.
  • Je comprends la fatigue, face à des équipements pas ou mal adaptés.
  • J’ai appris à regarder loin devant moi pour être sûre de pouvoir franchir le prochain ressaut ou bout de trottoir. Cela me servira pour réfléchir aux futurs aménagements de voiries.
  • J’ai appris à être 10 fois plus patiente pour mes déplacements. Mais en même temps, j’en ai annulé beaucoup, car rien qu’à l’idée que mon cheminement soit compliqué, je préférais rester chez moi si ce n’était pas urgent.
  • Je suis beaucoup plus observatrice. Je me pose plus de questions.
  • J’admire les personnes, leur courage face à cette situation, leur volonté et leur sourire. Car il n’y a rien de plus beau que de voir des personnes vivre leur quotidien comme elles peuvent, mais en gardant la “banane” jusqu’aux oreilles.
  • Je félicite les communes, les commerces, les lieux touristiques, etc. qui ont vraiment fait des efforts en termes d’accessibilité. Que les autres prennent exemple.

Ce soir, les impressions sont encore un peu fraîches. Pour exprimer, réellement, ce que cette expérience fera changer dans mon métier et dans ma façon de concevoir, il faudra attendre quelques jours de recul. Mais, je sais déjà que je serais beaucoup plus en alerte sur la question du confort pour TOUS.

Penser inclusion pour construire autrement

Dans un contexte de liberté des droits et des chances, la loi du 11 février 2005 projette la mise en accessibilité de tous les bâtiments recevant du public. Or, l’accessibilité est le plus souvent traitée de manière technique et réduite à une question de normes et de conformité, au détriment de la qualité d’usage.

Par ailleurs, le vieillissement de la population entraîne des enjeux à la fois régionaux et locaux, touchant à l’aménagement du territoire, à la santé et à l’habitat. Cette croissance nécessite une projection dans l’avenir ou du moins anticiper les évolutions possibles de l’habitat et son usage.

Construire autrement, c’est élaborer et mettre en forme des idées et des réflexions qui répondent à des besoins spécifiques. C’est aussi développer une approche et créer des liens entre les différents acteurs afin de répondre à des logiques d’usages, de déplacements et accompagner les personnes en situation de handicap.

Il faut alors créer des outils opérationnels, des méthodes globales pour concilier l’accessibilité et l’architecture. Il faut réfléchir à de nouvelles habitudes d’aménager.

Voici 10 axes de réflexions sur lesquelles nous pourrions travailler en tant que constructeurs de la ville de demain :

  • Faire travailler l’ensemble des acteurs qui n’en n’ont pas l’habitude. If faut travailler en amont du projet avec les différents acteurs et les différents corps de métier.
  • Avoir une approche transversale et non sectorielle. C’est à dire, avoir une approche globale qui intègre, les transports, le cadre bâti, l’espace public, la voirie et ses usagers.
  • Avoir une approche multi-échelles. La chaîne de l’accessibilité est composée d’un certain nombre de maillons qui sont organisés selon des échelles différentes (communales, départementales, régionales, nationales). Ces dernières correspondent à des décideurs différents qu’il convient d’articuler pour s’assurer une cohérence dans les chantiers de l’accessibilité.
  • Contribuer à faire de nos lieux de vie des espaces “agréables” où il fait bon vivre pour tous.
  • Avoir une démarche centrée sur les usagers plutôt que sur le “beau”. Posons-nous la question suivante : ” et si nous habitions ici, qu’aimerions nous avoir ?”
  • Eviter les prescriptions générales qui rendent nos lieux uniformes et sans vie. L’accessibilité n’est pas un catalogue, ni du bricolage. Il faut avoir une réflexion d’ensemble.
  • Travailler sur des solutions plus larges pouvant répondre aux besoins de chacun.
  • sortir des préjugés : “l’accessibilité coûte cher, ce n’est pas esthétique, je ne reçois jamais d’handicapé,etc….” posons-nous la question dans l’autre sens ! Pourquoi cela coûte cher ? Parce que l’on ne l’anticipe pas. C’est moche ! C’est que vous n’avez pas étudié les nouveaux produits. Pas d’handicapés ? Peut-être parce que vous n’êtes pas accessible !
  • etc….

ça continue…

Bientôt, plus de photos et des vidéos du périple. Mais patience, nous sommes en plein montage.

Afin de reprendre l’ensemble des journées, et cette fois-ci, plus en détail, j’ai décidé de rédiger un livre qui reprendra l’ensemble du défi.
Au travers de ce livre, j’apporterai plus d’éléments et un regard moins “râleur”. Et oui, vous avez eu les impressions à vif dans le blog, mais je serais plus constructive par la suite.

Par ailleurs, je profite de la clôture de cette journée pour vous annoncer la création d’une association, que nous sommes en train de mettre en place avec 5 autres membres-fondateurs. Le CRIAU (centre de recherche et d’innovation pour l’accessibilité universelle). Pour en savoir plus, je vous informerai via la page comme sur des roulettes.

Je remercie chacun d’entre vous de m’avoir soutenu dans cette démarche. Merci à tous vos messages, mail, commentaires facebook, twitter etc.

Merci à l’APF de m’avoir épaulée, à Invacare pour le prêt du fauteuil, à Lib’Acces pour le prêt de la rampe, à l’association Handi pour la séance de Handball et tous les autres (collègues, amis, famille).

Et surtout, spéciale dédicace à Marine et Alexandre qui m’ont accompagné tout au long de mon périple. Merci à vous 2.

A très bientôt sur la toile !!!!!! et soyez ACCESSIBLE “d’esprit” et tout ce qui s’ensuit. 😉

 

Crédit photo: © Marine NOEL

2 comments

  1. 1 MOT ………………1 SEUL………………..BRAVO !

  2. quel beau ! message tu viens de faire passer à travers ton périple parcours “comme sur des roulettes”…..

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